Publié : 1er avril 2013
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Louise PINTON

L’imaginopharyngite aigüe

Depuis toute petite, j’ai ce besoin fiévreux d’histoires, comme une soif de mots, de dialogues, de regards, de gestes, de rêves… Zoomons.

Je m’appelle Louise Pinton, vingt et un ans, et je suis atteinte d’imaginopharyngite aigüe. C’est, je crois, en classe de Terminale que j’ai compris qu’aucun cursus ne me permettrait de guérir de cette maladie et qu’il me faudrait apprendre à vivre avec … Pour le pire et le meilleur …

Ne sachant pas vraiment vers quoi m’orienter et comme je n’avais envie d’abandonner aucune des matières littéraires, j’ai choisi d’intégrer la classe d’Hypokhâgne du lycée Jeanne d’Arc de Rouen avec une option cinéma. Cette année fut très riche aussi bien intellectuellement qu’humainement. J’eus cette impression de me cultiver, comme une plante que l’on arrose et qui grandit peu à peu. Les mois passèrent et mes goûts se précisèrent, je compris que c’était avant tout les lettres et le cinéma que j’aimais. L’option cinéma me donna l’opportunité de partir en Italie pour faire partie du jury du festival de cinéma de Salerne et de réaliser un documentaire : Travailler moins pour vivre mieux.

A la fin de l’année, j’ai décidé de partir à Paris pour entrer à l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle en licence 2 Lettres modernes parcours cinéma. J’ai été très heureuse de ce choix, qui m’a permis d’approfondir les deux matières que je préférais, mais aussi de découvrir cette ville magique – sans snobisme aucun – qu’est Paris ! Lors de ma troisième année de licence, j’ai longuement hésité entre un Master de lettres ou de cinéma, et mon choix s’est finalement porté sur la deuxième solution, par désir de création.

L’apprentissage délivré par l’université est essentiellement théorique. En Master 1, nous ne pratiquons toujours pas le cinéma mais le travail porte sur l’écriture d’articles de recherches dont nous choisissons les sujets. Je travaille actuellement sur la personnalité de Delphine Seyrig, une actrice, réalisatrice et militante féministe, ainsi que sur la question de l’obscénité au cinéma.

Malheureusement, même si ce travail de recherche m’intéresse, il ne permet pas de soulager les symptômes causés par mon imaginopharyngite aigüe. Toujours des idées qui me démangent, des maux de mots, des images enfiévrantes et vertigineuses …

Un jour, tandis que ces symptômes m’inquiétaient particulièrement, j’ai décidé de me rendre chez le célèbre docteur Mabuse, qui m’expliqua que seule la pratique du cinéma pourrait soulager mes douleurs …

Je me méfie toujours un peu des médecins, mais il est vrai que mes premières expériences cinématographiques avaient été des médicaments remarquables …

C’est pour cette raison que j’espère intégrer l’année prochaine le Master 2 professionnel « Réalisation, scénario, production » de la Sorbonne. Je suis en effet sûre aujourd’hui que ce n’est pas la recherche qui soulagera mes fièvres … Néanmoins, les places pour intégrer ce Master 2 sont très limitées car je ne suis pas la seule névrosée d’imaginopharyngite, et il y a des cas encore plus désespérés que les miens … Je passe bientôt des examens pour voir si ma température est assez élevée et mon cas suffisamment grave …

Depuis plusieurs années déjà, je réalise avec des amis de petits courts métrages. Ce ne sont pas des chefs d’œuvres, je n’ai vraiment pas de quoi en être fière, mais nous avons passé de superbes moments à les créer.

En Juillet 2012, j’ai effectué un stage au Pole Image de Haute-Normandie au sein du département « Passeurs d’Images », qui a pour objectif de démocratiser le cinéma auprès des publics qui n’y ont pas accès en intervenant dans les milieux carcéraux, les hôpitaux etc … Je suis ainsi intervenue sur un foyer de jeunes à Oissel et j’ai réalisé avec eux un court-métrage intitulé Et qui ne revient pas, qui fut diffusé à l’UGC de Rouen à l’occasion d’une soirée consacrée aux partenariats entre « Passeurs d’Images » et l’IDEFHI (Institut Départemental Enfance Famille et du Handicap). Cette année, j’ai réalisé un film de présentation du CDI de l’ESC du Havre : Bref, j’ai une mission.

Actuellement, je suis assistante réalisatrice sur le court-métrage d’une amie : « Clara et le clown, tristes  ». C’est la première fois que nous réalisons un « vrai » court-métrage, avec des financements (nous avons environ 5000 euros de budget) et les palpitations qui accompagnent l’évolution de ce projet sont bien plus agréables qu’on ne pourrait le croire …

J’essaye aussi d’être active dans d’autres domaines artistiques tels que le théâtre ou la photographie. En effet, pour entrer dans le milieu du cinéma, j’ai fini par comprendre que ce ne sont pas les études qui comptent mais plutôt les stages et les rencontres… Et beaucoup de milieux artistiques fonctionnent comme des vases communicants.

Très souvent, c’est le flou autour de moi, comme un problème de mise au point. Je ne vois plus rien, je ne sais plus où je vais, et le docteur Mabuse ne m’est plus d’une grande utilité. Faible profondeur de champ. J’ai du mal à me projeter dans l’avenir. Y a-t-il vraiment une place pour moi, dans cette industrie du cinéma ? Et quelle sera ma place ? J’essaye de ne pas me poser trop de questions et je continue mon chemin, peut être à tord, en espérant que mes pas me mènent quelque part …

Flash-back. Images en noir et blanc. Le flou, nous devrions pourtant y être habitué. Il était déjà là lorsque nous étions au lycée. Qu’allions nous faire après ? Peu le savait. Ce qu’on visait, c’était avant tout le bac. J’ai de superbes souvenirs du lycée … J’y ai fait de très belles rencontres et j’ai noué de solides amitiés qui continuent encore aujourd’hui. J’habite d’ailleurs en colocation depuis trois ans avec une amie rencontrée en seconde ! Je me souviens de ces heures de creux à traîner (hum… ou réviser…) dans le couloir près du CDI… Je me souviens de l’atelier théâtre créé par Hélène Charron et Mélanie Voisin et de notre troupe « Les Mots dits ». Superbes moments, les Brigades d’Interventions Poétiques et les spectacles de fin d’année… En terminale, j’ai choisi de présenter l’option théâtre en candidat libre. Les épreuves avaient lieu au lycée Jeanne d’Arc de Rouen, où j’ai effectué mon année d’hypokhâgne … et où nous allons tourner notre court métrage « Clara et le clown, tristes » en Mai prochain. Décor censé représenter un hôpital … Endroit idéal pour les cas atteints d’imaginopharyngite, comme nous. La boucle est bouclée.

Louise Pinton

Post-scriptum

Pour soutenir le projet de court-métrage de Louise, aller à cette adresse :
http://www.kisskissbankbank.com/court-metrage-clara-et-le-clown-tristes