Publié : 13 avril 2013
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Charline Rigault

De Pondichéry à Québec via Paris

Que m’est-il arrivé depuis la dernière fois que je vous ai donné de mes nouvelles, alors que je commençais ma 2e année à l’IEP de Paris ?

C’était il y a presque un an et demi et je suis donc actuellement au beau milieu de ma 3e année, cette fameuse 3A qui fait fantasmer tous les premiers cycles de Sciences Po. Histoire de continuer de ne jamais rien faire comme tout le monde, je passe une année assez particulière par rapport à la majorité des élèves. J’ai, en effet, choisi de profiter de cette occasion pour acquérir de l’expérience professionnelle en effectuant non pas un, mais deux stages à l’étranger. J’ai d’abord commencé par un stage de 4 mois en Inde, à Pondichéry, dans une école pour enfants sourds ; et aujourd’hui mercredi 20 février, je m’apprête à repartir pour le Canada cette fois-ci, à Québec, pour effectuer mon deuxième stage à l’Association des Malentendants Québécois.


Voici le compte-rendu, que j’avais déjà écrit, sur mon premier stage en Inde :
Etant étudiante en 3e année de licence à Sciences Po Paris, mes obligations de scolarité m’exigeaient de passer cette année à l’étranger, que ce soit en université ou en stage. J’ai donc choisi cette dernière option et c’est après moult péripéties et déceptions dans mes démarches que j’ai découvert, au hasard de mes recherches Internet, l’Institut de Coopération International, qui propose des stages humanitaires à des particuliers désireux de s’initier à ces métiers. Très rapidement, après quelques coups de fils et réflexions, l’Institut m’a proposé un stage de 4 mois dans une école pour enfants sourd à Pondichéry, dans le sud de l’Inde. Je cherchais justement à travailler dans un établissement, une association œuvrant au profit des personnes sourdes et malentendantes. J’étais à la base attirée par la langue des signes, que je trouvais fascinante, et voulais profiter de ce stage obligatoire à l’étranger pour me faire une idée des métiers liés à ce handicap de la surdité. Je n’aurais pas pu avoir un meilleur stage que dans cette école ! Il faut dire que j’ai aussi eu beaucoup de chance que Célina Jauzelon soit la responsable des stagiaires de l’ICI à Pondichéry. En effet, étant elle-même investie dans la cause des malentendants, elle a pu non seulement aisément me trouver ce stage, mais en plus m’en faciliter l’intégration en me faisant prendre quelques cours de langues des signes tamoul avec son mari, lui-même sourd.

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J’ai commencé mon stage début octobre par une semaine d’observation du quotidien de l’école, de classe en classe. J’étais dans la section primaire de l’école, avec les enfants de 3 à 10 ans environ. L’objectif de cette semaine, plutôt passive, était globalement de mettre à l’aise un peu tout le monde, enfants, parents, institutrices et moi-même. Je devais aussi en profiter pour déterminer à quel niveau et de quelle façon j’allais pouvoir être utile tout au long de ces 4 mois. Je n’ai pas eu de mal à me trouver des missions. Je me suis rapidement rendue compte du besoin constant des institutrices en outils pédagogiques adaptés aux enfants. Je veux notamment parler des images, des affiches, des dessins sensés illustrer des mots de vocabulaire ou des histoires courtes. La stimulation visuelle est très importante dans l’enseignement spécifique que requière un enfant malentendant. Je me suis rendue compte que les institutrices n’avaient pas forcément le temps de produire, de dessiner leurs outils pédagogiques. Etant à l’aise en dessin, je leur ai donc proposé de l’aide à ce niveau-là. Elles n’ont pas attendu très longtemps pour me donner du travail et j’ai été occupée à plein temps à cette tâche pendant tout le premier mois de mon stage. J’avais aussi proposé à l’école de développer sa communication et sa visibilité sur Internet. Je voulais basiquement leur créer une page Facebook et l’alimenter en photos et vidéos. J’ai donc continuellement filmé et photographié la vie de l’école un peu chaque jour et surtout lors des cérémonies religieuses ou fêtes nationales, immanquablement célébrées (et il y en a beaucoup). D’ailleurs, le fait de participer à ces commémorations a été très enrichissant. Avec toutes ces images numériques, j’ai donc pu non seulement alimenter la page Facebook, mais aussi réaliser un documentaire vidéo promotionnel de l’école. Avec l’aide de la directrice et de son fils, qui est venu 2 fois à l’école spécialement pour travailler avec moi, nous avons réussi à montrer en 7 min à quoi ressemblait l’école, son quotidien, les journées types et les jours spéciaux, ses engagements, ses résultats, ses actions etc. J’ai eu le temps de faire deux versions de ce documentaire, une en français et une en anglais. Nous voulions aussi en faire une en tamoul mais le temps et les moyens techniques ont manqué. Ce documentaire m’a globalement pris le reste de mon temps jusqu’à la fin de mon stage. En effet, je me suis lancée dans cette entreprise sans réellement maîtriser un logiciel de montage vidéo. J’ai donc appris à me servir du plus basique (et surtout gratuit) qui soit : Windows Media Player. C’est peut-être finalement la seule compétence technique que j’ai apprise durant ces 4 mois. Cependant, à côté de cela, j’ai énormément appris et vécu en matière de relations humaines et sociales.


Ce voyage, qui a été, soit dit en passant, le premier de ma vie, m’a grandement fait évoluer. Je me suis rendue compte de la petitesse de mon monde d’étudiante parisienne et de mon ouverture d’esprit en général. Je me suis rendue compte de mon manque de patience et de légèreté, de ma difficulté à gérer les imprévus et les difficultés, de ma difficulté à laisser faire les choses sans pouvoir les gérer. Avec ce stage, j’ai vécu une expérience unique d’immersion quasi-totale dans une culture dont je n’avais pas les codes. Cela m’a chamboulée et cela a aussi chamboulé pendant 4 mois la vie de cette petite école de Pondichéry. Je ne les oublierai pas et je pense pouvoir dire qu’ils ne m’oublieront pas non plus.

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Voilà. Je viens de vivre 4 mois en Inde. Je ne réalise pas à vrai dire. C’est comme si ce n’était pas moi qui avais fait tout cela. Et dire que demain je prends l’avion pour Montréal, suivi d’un bus pour la ville de Québec… Je suis attendue avec impatience par ma maître de stage, ainsi que par la dame qui va m’héberger. Alors ? Ne suis-je pas en train de vivre un 3A qui fait rêver ?


Pour en revenir à ma dernière lettre, je n’étais pas dans un état d’esprit très positif. J’étais désabusée, démotivée, dispersée, désintéressée mais je ne faisais aussi rien pour retrouver mon envie. Disons que j’avais la tête ailleurs. J’ai tout de même réussi à trouver l’énergie de mener sérieusement mes recherches de stages pour ma troisième année. Pour développer ce que vous avez lu plus haut dans le compte-rendu, voici quel était mon projet de base : je souhaitais évoluer dans un établissement à caractère social et/ou éducatif, d’accueil et d’insertion ayant pour mission l’aide aux personnes en difficultés sociales liées à un handicap et ayant comme objectif l’accompagnement à leur autonomie et l’amélioration de leur qualité de vie. J’ai notamment concentré toutes mes recherches sur des structures accueillant des personnes malentendantes ou sourdes. En effet, ayant débuté, l’année dernière, l’apprentissage de la langue des signes française, j’ai découvert l’existence d’une culture sourde très complète et je voulais approfondir mes connaissances dans ce domaine. Vous imaginez que j’ai eu beaucoup de mal à obtenir des réponses positives… A vrai dire, la seule a été celle de ma maître de stage à Québec. A la base, il était prévu que je fasse les 8 mois de stages là-bas mais des problèmes de visas m’ont obligés à couper la poire en deux. Pour trouver le stage en Inde, je suis passée par un Institut spécialisé, comme je l’ai expliqué.


J’ai validé ma 2e année sans problèmes particuliers mais il est vrai sans entrain non plus. Cela n’est plus le cas aujourd’hui ! J’ai retrouvé le goût aux études, que j’avais perdu il y a 2 ans. Après mûres réflexions, je pense effectivement me lancer dans le master recherche en Sociologie de Sciences Po. La sociologie a été, malgré tout, un petit coup de cœur dans mon premier cycle. Je n’y ai certes pas brillé en termes de notes mais je pense être un peu plus fiable aujourd’hui. Je suis confiante dans l’intérêt que je porte en cette matière, ce n’est pas encore une de mes lubies qui m’occupent pendant quelques mois et dont je finis toujours par me lasser. Dans la sociologie, je vois un moyen d’allier à la fois mon besoin de stimulation intellectuelle, dont je vous parlais dans ma dernière lettre, ainsi que mon attirance pour les problématiques sociales. Je suis notamment particulièrement intéressée par les problématiques ou plutôt les thématiques liées au genre, à la sexualité, aux attirances sexuelles, aux changements de sexe etc. Depuis mon arrivée à Paris il y a 3 ans, j’ai trouvé au sein de la communauté LGBT un milieu dans lequel je me sens m’épanouir et qui attise à la fois ma curiosité et mon besoin de comprendre. Je m’y sens « comme à la maison » et j’ai décidé d’arrêter de tourner autour du pot et de l’assumer, pourquoi pas, jusque dans mon métier.

Charline

Voici le lien de la page facebook de l’école des malendants de Pondichéry, avec le documentaire et des photos : http://www.facebook.com/pages/Shri-Patcheappane-School-for-the-Hearing-Impaired/516499518360915?ref=ts&fref=ts