Publié : 13 octobre 2013
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Grace Loubassou, fervente sciencepiste

Retour sur 3 années à Sciences Po

Avec la générosité qu’on lui connait, Grace, promotion TL 2009, a accepté de nous livrer un témoignage sur son parcours entre Paris et San Francisco.


A Sciences Po, j’ai appris à être synthétique alors je vais tenter d’appliquer cette méthode ici.

  Acceptée à Sciences Po en septembre 2009, j’ai recommencé ma première année ... Mauvais départ ? Finalement, aujourd’hui je pense que non car je suis fière d’être en deuxième année passant d’un 8 à 14 en économie, matière fondamentale ; c’est ma petite fierté personnelle !” La première année c’est l’équivalent de l’épreuve du feu, Il faut résister a toutes les tentations que Paris offre et à ce nouveau monde que Sciences Po propose ; les étudiants, les sorties, les découvertes sont les choses qui m’ont fait recommencer… pour mieux réussir.

  Ma deuxième année fut très riche. Connaissant mieux les attentes de l’Ecole je me suis organisée en conséquence. Je me suis fait des emplois du temps rigides pour ne pas être noyée par mes activités extra scolaires, qui sont fondamentales à mon équilibre. Sciences Po nous offre (enfin) la liberté intellectuelle de choisir des cours, des séminaires et des ateliers qui nous intéressent. De l’Histoire du Jazz aux courants nationalistes en passant par l’écoute du corps et la danse urbaine : cette Ecole est plus que pluridisciplinaire, elle s’adapte avec son temps ! J’ai eu la totalité de mes crédits aux deux semestres, ce qui prouve bien que choisir ses cours est une motivation supplémentaire pour réussir. C’est l’année où les exposés ne sont plus de simples exercices mais de vrais travaux personnels. Notre point de vue et notre analyse comptent. C’est passionnant et on y prend vite goût. J’ai eu la chance d’écrire deux essais majeurs qui ont été précieusement gardés par mes professeurs : ”Réflexion sur l’identité noire américaine à travers la musique“ et “ Le KKK : des prémices à nos jours”. Jamais je n’aurais pensé écrire des vingtaines de pages soutenant ma propre réflexion. Cette liberté d’enseignement propre à Sciences Po nous permet de dépasser nos limites, extraire notre pensée et la confronter devant notre classe, qui peut aller jusqu’à 120 élèves par cours ! Ce fut une année riche en événement, avec mon association Sciences Po pour l’Afrique nous avons eu la joie d’être parrainée par Christine Taubira, actuelle Garde des Sceaux, et de faciliter l’ouverture du nouveau campus Europe-Afrique. Nous avons eu la chance d’avoir un magnifique discours du regretté Richard Descoings lors de notre cérémonie de clôture, autrement dit cinq jours avant qu’il ne quitte ce monde. Le décès du directeur Richie fut très dur pour les étudiants de Sciences Po qui ont dû faire face à une presse moqueuse et assoiffée de scandales. Son enterrement a cependant rassemblé des milliers d’étudiants reconnaissants. D’ailleurs ce fut un grand moment de solidarité pour reconnaître le travail de cet homme. Richard Descoings est celui qui nous a permis d’intégrer l’IEP, c’est l’initiateur des Conventions d’Educations Prioritaires. Sans lui je ne serai pas dans cette école, je ne serai pas là où je suis en ce moment même.

  La deuxième année, c’est aussi la préparation de la troisième année, dite « hors les murs ». Nous avons le choix entre un échange universitaire dans de prestigieuses écoles, un stage dans un environnement professionnel et un projet personnel. J’ai choisi d’effectuer un stage car j’ai envie de découvrir le monde du travail. Sachant que je suis indécise face au choix d’un métier ou même d’un master le stage fut la bonne la bonne option. Ma troisième année, c’est l’année pour laquelle j’ai fait Sciences Po, en commençant mon dossier de presse à Marc Bloch, je ne connaissais pas l’Ecole. Mais dès que j’ai su qu’ils dispensaient une césure d’un an, je me suis motivée à rédiger mon dossier ! Me considérant comme une citoyenne du monde, ce fut la parfaite occasion de pouvoir voyager loin et longtemps. Partir pour un an aux USA, en Afrique, en Asie pour un projet personnel, étudier ou travailler : Le Rêve ! Je suis en ce moment même à San Francisco en Californie. Mon stage s’effectue dans l’entreprise leader en vente de cosmétique : Sephora Inc. Mon stage est très large, c’est un panorama de l’entreprise. Je suis localisée au service des Ressources Humaines ce qui me permet de travailler avec d’autres départements comme celui de l’Education, de la Communication et du marketing. J’adore la culture d’entreprise américaine. C’est le temple de l’accomplissement individuel et des parcours improbables. C’est une expérience incroyable, profonde, qui dépasse le cadre de l’école. De ma famille, mes amies et la France, ce voyage me permet de prendre le recul nécessaire pour faire les bons choix futurs. Etant de nature sociable vous vous doutez bien que je profite à 100% de ces 10 mois à l’étranger pour voyager et explorer l’Amérique. Je rencontre beaucoup de gens totalement différents et je profite des avantages de la Californie. La communauté française y est très importante, mais j’essaye au maximum d’être avec des anglophones afin de progresser au niveau de la langue. C’est une parenthèse dans sa vie où les rencontres et habitudes sont éphémères, où l’on est à la fois touriste et résident. C’est une expérience assez singulière et coûteuse alors il faut bien se préparer. Comparer, discuter et représenter son pays à l’étranger est ce que je fais au quotidien et c’est quelque chose que j’apprécie. Je pense que le cursus Sciences Po m’a beaucoup apporté. Cette école pluridisciplinaire est le bon choix pour tous les élèves ambitieux qui ne savent pas trop quoi faire (en terme de CURSUS) mais qui ont de grands rêves professionnels. Passer de Val de Reuil (mon amour !) à Paris (ma belle amie) a été le plus grand choc, c’est un tout. Mais au final, ce n’est que du positif. Sciences Po m’a permis de repousser les limites de mon entendement, de m’intéresser à des choses que je ne connaissais pas, de confronter mon point de vue avec celui d’autres élèves issus d’autres milieux... Sur tous les plans, c’est la rencontre de deux mondes qui ne peut être que bénéfique pour ceux qui veulent être les citoyens du monde de demain. C’est une institution de débat, d’interconnexion mais aussi une grande famille dans laquelle tout le monde peut trouver sa place, cela va des associations aux partis politiques en passant par les clubs, les soirées les voyages et les spectacles. Aujourd’hui je suis capitaine d’une équipe de danse rythmique (cheerleading) ainsi que secrétaire générale d’une association sur l’Afrique : ASPA. Cela peut parait secondaire, mais ça ne l’est pas, l’engagement est une chose capitale à Sciences Po. En parlant d’engagement j’ai décidé de m’engager dans la politique … américaine. Fervente défenseuse d’Obama et ses idées, j’ai décidé de travailler au sein de son QG Californien à San Francisco. Appeler des milliers de numéro de téléphone, toquer aux portes, vendre des panoplies de gadget Obama… Le bureau démocrate offrait une diversité de missions qui permettait d’attirer le plus grand monde. La différence notoire que j’ai pu observer avec la France, c’est qu’ici les gens ont des étoiles dans les yeux ; Obama et le changement, ce n’est pas un slogan c’est une vérité. Ils y croient, ils ont espoir que les choses vont vraiment changer. C’est beau et rassurant pour l’Avenir. Equipée de mon t-shirt et mes scripts pro-Obama j’y ai passé toutes mes soirées de septembre à novembre. La bonne ambiance et les bons repas directement offerts par la Maison Blanche ont été des motivations supplémentaires. Le bagage que m’a apporté cette expérience exceptionnelle est de voir l’impact de la politique sur les citoyens. L’espoir, la détermination, la confrontation et au final la joie, sont les sentiments qui ont habité les bureaux démocrates de San Francisco. Le soir de la victoire fut incroyable « Four more years ! ».

En parallèle je vis le rêve américain à San Francisco ; mordue de sport, je soutiens l’équipe de baseball, je mange des portions improbables et je regarde la télévision un peu trop souvent. Mise à part les clichés vérifiés, je me suis bien adaptée à la ville et au rythme étatsunien que j’aime toujours autant. Certes, à double tranchant, leur liberté fait rêver, le « self made man » est toujours d’actualité. Pendant que le débat sur le Mariage pour Tous était à la UNE pendant des semaines en France, le quartier gay de la ville accueillait de nouvelles œuvres dans son musée … Mesurez le décalage.

Je vais rentrer en master, le temps défile. Je ne sais pas quel tournant ma vie professionnelle va prendre. A force de vouloir « tout faire » je n’ai pas d’objectifs de carrière prédéfinis. Ce qui est sûr, c’est que je suis activement à la recherche de ce qui me permettra de m’épanouir personnellement et de mener une carrière aux exigences de mes ambitions.

  Me voici donc en Master. Lequel ? Le master Communication à l’école de Communication de Sciences Po. Le choix fut difficile. On est tous agités par le dilemme entre le pragmatisme et les passions. Pour ma part, j’ai laissé place à ma passion pour la créativité. Le retour en France fut mitigé, il faisait bon à San Francisco… Mais comme durant ces trois dernières années, je fais appel à l’extra-scolaire pour rythmer mon quotidien. Je me suis inscrite en tant que tuteur pour les nouveaux arrivants CEP de Sciences Po. Nous avons donc la chance de partager notre expérience avec des élèves qui débarquent au 2. J’ai été élue présidente de l’ASPA, l’association dont j’étais la secrétaire générale. C’est une consécration personnelle et un challenge de gérer les relations humaines et la vie associative d’un groupe. Mais bon, comme dirait ma mère : « c’est très formateur ». Mon objectif n’est pas forcément de travailler en Afrique mais plutôt de présenter une Afrique décomplexée à tous ceux qui s’y intéressent de loin ou de près. Le master communication se fait généralement en trois ans avec une césure … Et oui je n’ai pas fini et je prendrai tout mon temps. Je compte faire une césure à l’internationale en incluant des destinations tel l’Asie ou l’Afrique.

  Enfin le final : Je ne veux pas m’étaler mais je suis vraiment épanouie dans cette école qui m’a fait grandir intellectuellement et culturellement. Je ne me vois pas ailleurs, une fois qu’on y a trouvé sa place, c’est un peu comme une maison. J’encourage tous à y croire et à tenter l’aventure. Personnellement, je pense qu’il n’y a pas de mauvais choix d’orientation s’il est mûrement réfléchi (fervente sciences-piste, j’insiste cependant sur le fait qu’il n’y a pas que Sciences Po !). Mais dans tous les cas l’atelier que propose le lycée Marc Bloch est un premier pas vers cette réflexion.


Grace LOUBASSOU


 

Post-scriptum


En mai 2012, le magazine Elle avait interrogé plusieurs étudiantes de Sciences Po sur l’actualité présidentielle, Grace, toujours engagée, avait livré son analyse : http://www.elle.fr/Societe/L-actu-en-images/La-victoire-de-Francois-Hollande-vue-par-les-etudiantes-de-Sciences-Po.