Publié : 19 février 2013
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La mouvance "Skinhead"

Mais au fait, c’est quoi un "skinhead" ?

« Skinhead » est composé de deux mots anglais signifiant ensemble « peau de la tête », autrement dit « crâne rasé ». Le phénomène Skinhead est apparu à la fin des années 1960, au Royaume-Uni.


I – Le fondement du mouvement 

Les centres d’intérêts
 
Les tout premiers skinheads se sont inspirés des « rude boys » (voyous jamaïcain) ou des « hard mods » (jeunes blancs fans de scooters). La plupart des skinheads sont assez jeunes, environ 15/20 ans. Ils sont issus de familles modestes faisant partie de la classe ouvrière et de quartiers pauvres, ils ont donc l’habitude d’être dans la rue, souvent sur des territoires particuliers, où ils se réunissent pour partager leurs passions : la mécanique, la bagarre, (la bière éventuellement) et leurs goûts musicaux. Le mouvement skinhead de base, appelé aussi "skin trojan" est totalement apolitique.
 
Le style vestimentaire
 
Les skinheads n’avaient au début pas vraiment de style vestimentaire particulier mais ils ont adopté un style simple et une apparence agressive : crâne rasé, bombers assorti de drapeau américain ainsi que d’insignes de patchs et de pin’s, un polo avec des bretelles anglaises, des bagues de combat, un blue-jean Levis modèle 501 avec un ourlet à mi-mollet et enfin des Dr. Martens qui sont des chaussures d’ouvrier, souvent coquées d’acier mais, considérées comme arme blanche, cela reste tout de même moyennement répandu. Les lacets ont une signification pour différencier les skinheads entre eux : lacets rouges pour les « redskins » traduit « skin rouge » (communistes) et lacets blancs, signifiant « white power » traduit « pouvoir blanc », idéologie de suprématie de la « race » blanche, pour les boneheads (nazis). Les Dr. Martens ou les rangers sont lacées horizontalement.
 
La musique
 
Les skinheads aiment avant tout la musique noire, le ska, le reggae, le jazz moderne et le soul. La musique évolue ensuite dans la violence, aussi bien dans les paroles que dans la partie instrumentale. C’est vers l’année 1977 avec la vague « punk » que la musique change avec notamment la « Oi ! » rythmes brutaux simples joués très rapidement ou encore de la musique dérivée du punk.
 
II – La division du mouvement
 Les redskins [Cliquez pour agrandir] La JNR
http://24.media.tumblr.com/tumblr_md4c3bgPhL1rhuh1io1_400.jpg http://www.resistances.be/images/skin01.jpg
C’est vers le début des années 1980 que le mouvement se sépare avec le chômage qui frappe l’Europe, la politique tatchérienne, et la crise identitaire qui secoue le pays : l’extrême droite attire tous les jeunes désoeuvrés, tablant sur le fait que les skinheads aiment leur pays. Ce nationalisme ainsi corrompu donne un discours radicalement à l’opposé du message d’origine : "J’aime mon pays et toutes les cultures qui le composent", était devenu, dans la bouche de certains dirigeants (comme Thatcher) : "j’aime mon pays, sans toutes ces cultures qui le parasitent". Une partie des skinheads est aussi séduite par des textes nazis. Le mouvement se sépare alors en plusieurs courants : les skinheads trojans (traditionnels), les skinhead nazis (bonehead) et les skinheads communistes (redskins). Chaque groupe se réclame de la véritable identité de skinhead, seulement des distinctions sont mises en place. Les skinheads nazis sont alors appelés "boneheads" de l’anglais "crâne d’os" (péjoratif) alors que ceux-ci se disent véritables skinheads et appelent les autres "redskins" signifiant "skinhead communiste" (Redskin est aussi un groupe de musique des années 1970). Mais le style vestimentaire reste inchangé pour tous. Mis à part les badges, pin’s et les insignes qui les différencient tout de même : les "redskins" utilisent la batte et la faucille (modification du symbole communiste) et les "boneheads" utilisent la croix de fer, la croix celtique écourtée ou même la croix gammée (卐 Sauvastika, symétrie de la Svastika, enseigne religieux d’Asie). Mais d’autres groupes se dissocient du mouvement de base tels que les "gayskin" skinheads homosexuels, les gabbers qui écoutent de la musique penchée vers la techno et des groupes de personnes se forment contre les skinhead néo-nazi : SHARP (Skinhead against racial préjudice = Skinhead contre les préjugés raciaux), les redwarriors, les ducky boys, Ruddy fox etc... Mais des groupes nazis se forment aussi avec : La jeunesse nationaliste révolutionnaire (JNR), les batskins etc... qui mènent à de violentes confrontations, souvent dans la rue, dont la presse se fait souvent l’écho.
 
Symboles anti-fascistes utilisé par les redskins, entre autres :
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/69/Red_and_Anarchist_Skinheads_logo.jpeghttp://www.web-libre.org/medias/img/articles/8f1fa0193ca2b5d2fa0695827d8270e9-2.jpg
 
Symboles fascistes utilisés par les boneheads, entre autres :
 
 
Mini-Interview :
 
Ben, du surnom "BBS" 20 ans, Beauvais. Ancien Skinhead.
 
Word - 304.3 ko
1) Quel genre de "skinhead" étais-tu et comment l’es-tu devenu ?
 
"J’étais skinhead trojan, le skinhead traditionnel, donc apolitique. Je suis devenu skinhead à 15 ans après être sorti de ma période punk.
Au tout début, j’ai étudié l’histoire, les origines et les modes de vie des skinhead et je me suis rendu compte qu’ils n’étaient pas comme ils étaient décrits dans les médias. Les skinheads ne sont pas racistes, c’est une minorité du mouvement qui a sali toute son image. Enfin bref, je me suis dit que ça me correspondait bien ça.
J’aimais le look classe et propre qu’ils adoptaient."
 
2) C’était quoi tes occupations ?
 
"J’avoue que j’avais des petits goûts pour les occupations brutales : les premiers qui ont subi c’était les fils-à-papa, les fils de bourges et les hippies. Mais surtout pour la musique, de la Oi ! avec par exemple 2 groupes purement anti-racistes de Paris : Maraboots & Street Kids. Pour le ska, c’était beaucoup du label Two Tone, avec Madness, the Specials & Bad Manners en exemple."
 
3) D’où viens tu et étais-tu seul ou en bande ?
 
"Je viens, et j’y habite encore, de Beauvais, 70 km au dessus de Paris mais je bougeais beaucoup de ville en ville pour rejoindre quelques bandes. J’étais pour la plupart du temps avec mes potes neuski [=skinhead] ou sinon j’étais tout seul, ça dépendait des moments en fait."
 
4) Comment ça se passe dans la tête ?
 
"Il ne faut jamais regarder par terre, il faut être fier de ce qu’on est et le montrer surtout. On doit toujours avoir la tête sur les épaules et assumer à 100% son mode de vie. Et ne surtout pas vivre dans la peur d’être un skinhead, sinon OUST !"
Merci à Ben.
 
J’ai aussi interrogé, le mercredi 19 decembre un "bonehead" du surnom de "Metalskin" 17 ans, région de Haute-Normandie.
 
Malgré une censure importante, j’ai décidé de ne pas publier l’entretien pour éviter d’éventuels troubles.
On peut tout de même noter la très grande importance de la politique avec notamment l’adhésion à l’extrême droite et la volonté de la dictature pour "redresser et discipliner la France", d’après ses mots. Il y a aussi une grande importance pour l’actualité, les faits divers et le mode de vie. Pour la musique, avec comme groupes préférés : Légitime violence & Legion 88, l’idéologie est explicite et les paroles extrêmes.
 
Conclusion :
La mouvance skinhead est représentée dans les médias quasi exclusivement par la partie du mouvement se disant nazie. Le skinhead est à la base un mouvement culturel musical et de mode de vie, sans politique, issu de quartiers de la classe ouvrière. Les skinheads ont toujours été une minorité qui existe encore aujourd’hui. Les skinheads subissent des préjugés et une mauvaise image depuis la division du mouvement. (cf. musique ci-dessous)
 
Pour aller plus loin :
Reportage sur les skinheads nazis de Paris en 1980 Ici ! (youtube)
Musique critiquant les préjugés sur les skinhead Ici ! (youtube) 
 Un couple de Skinhead moderne
Sources :
 
Yann Lemetais, classe 2nd 508.